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Journée des droits des femmes : et si le sport s'inspirait de l'entreprise ?
Tribune parue dans le CAPITAL 

Presque six ans après le mouvement MeToo, la Fédération de Football vient de se montrer impuissante à gérer un scandale de harcèlement sexuel. Pour l’avocate Stéphanie Serror, c’est tout le sport français qui est à la traîne sur le sujet de l’égalité homme-femme.

C’est un triste spectacle que donne à voir la Fédération Française de Football à la veille de la journée du 8 mars qui célèbre les droits des femmes. Accusé de harcèlement moral et sexuel par plusieurs collaboratrices, son président Noël Le Graët a démissionné il y a une semaine sous la pression médiatique et politique. Mais il a aussitôt rebondi comme directeur du bureau parisien de la FIFA. Un peu comme si MeToo n’avait jamais existé. Ou que le monde du sport était resté à l’écart de ce mouvement sociétal majeur. Un phénomène analysé par Stéphanie Serror, avocate en droit du travail et associée du cabinet La Garanderie Avocats, spécialisé dans la transition sociale.

Capital : Comment analysez-vous les multiples scandales qui agitent la fédération française de football ?

Stéphanie Serror : Le fait que les agissements de Noël Le Graët aient été dénoncés et que des joueuses comme Wendy Renard se retirent de l’équipe de France pour protester contre leur coach Corinne Diacre prouvent que la parole se libère. J’espère que cela va agir comme un détonateur pour aller plus loin. Il y a un parallèle très net entre le monde de l’entreprise et celui du sport. La place de la femme y est similaire avec des phénomènes de harcèlement moral et sexuel qui ont été longtemps mis sous le tapis. Mais l’entreprise a pris un peu d’avance sur le sport qui apparaît aujourd’hui à la traîne sur le sujet.

Capital : En quoi le sport peut-il s’inspirer de l’entreprise ?

Stéphanie Serror : Nous disposons aujourd’hui de lois protectives pour les lanceurs d’alerte qui pourraient être appliquées à certaines sportives qui prennent la parole, même si cela ne dispense pas d’enquêter. Quand un manager est suspecté de harcèlement, une enquête est immédiatement diligentée en interne ou par une cellule externe. Et la plupart du temps, la personne mise en cause est suspendue de ses fonctions pour protéger les autres collaborateurs et préserver l’image de l’entreprise. Il est également obligatoire de disposer d’un référent harcèlement dans les entreprises de plus de 250 salariés. Autant de dispositions dont pourraient s’inspirer les fédérations et les clubs quand on pense à la façon dont les instances officielles du patinage artistique ont réagi aux révélations de violences sexuelles par Sarah Abitbol. Il n’y a pas que le harcèlement sexuel et moral. Certains comportements ou propos sexistes comme “ma belle” ou “ma petite”, des réflexions physiques ou sur le genre ne sont aujourd’hui tout simplement plus admis en entreprise. Il faudrait que ça le devienne également dans le sport.

Capital : Comment voyez-vous la suite ?

Stéphanie Serror : Pour le moment, il y a un mouvement de pression qui est exercé principalement par les joueuses et les professionnelles. C’est ce qui va permettre de faire bouger les lignes. Il n’y a aucune raison pour que le sport féminin échappe à une évolution qui a réussi à s’imposer dans tous les secteurs de l’entreprise. Il restera encore à faire en sorte que le sport féminin soit considéré au même niveau que le masculin. Cet écart est encore trop important aujourd’hui.

le 09/03/2023

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